Biographie

Jules Ferry au naturel

Né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, il est issu d’une famille qui s’y est établi au début du XVIIIe siècle. Son grand-père, François-Joseph, fut maire de Saint-Dié de 1797 à 1816.

Etudes à Saint-Dié, Strasbourg, puis à la faculté de droit de Paris.

Avocat à l’âge de 19 ans, journaliste et polémiste réputé, il commence, vers 1857, à se lier avec les chefs républicains, dont Gambetta qui lui succédera à la présidence du Conseil en 1881.

Jules Ferry est élu député de la Seine en 1869, opposant au régime impérial.

Il entre au Gouvernement de Défense nationale le 4 septembre 1870.

Il est nommé maire de Paris deux mois plus tard, jusqu’en mars 1871. Contraint de fuir, dès les premiers jours de la Commune, il rejoint l’assemblée de Versailles.

Le 8 février 1871, il est élu député des Vosges et le restera jusqu’en 1889.

Le 8 octobre de la même année, il est élu conseiller général du Thillot (Vosges). Il est vice-président de l’assemblée départementale. Il sera plus tard président du Conseil général des Vosges.

Il est Ambassadeur à Athènes en 1872 et 1873.

Il est un des principaux meneurs de l’opposition républicaine à son retour.

En 1875, il entre au Grand Orient de France (loges «La clémente amitié», puis «Alsace-Lorraine»).


Diplôme de Franc-maçon de Jules Ferry (original classé aux archives départementales des Vosges). Jules Ferry est entré en franc-maçonnerie le 9 juillet 1875, en compagnie d'Emile Littré. "Je suis un maçon peu assidu, peu régulier et je le regrette car nos loges sont d'excellentes écoles. En dehors des loges, je lutte cependant pour le triomphe de nos principes maçonniques et, bien qu'on en ait dit, le gouvernement fera exécuter la loi sans faiblesse" déclarait-il.

Il se marie la même année, à Thann, avec l’Alsacienne Eugénie Risler. Le couple vit le plus souvent à Paris, mais aussi dans son chalet de Foucharupt, à Saint-Dié.

De 1879 à 1885, il est quasiment de tous les ministères (Instruction publique, Beaux-arts, Affaires étrangères).

Il est, du 23 septembre 1880 au 10 novembre 1881, puis du 21 février 1883 au 30 mars 1885, président du Conseil.

En 1887, il est candidat malheureux à la présidence de la République.

En 1891, deux ans après sa défaite aux législatives, il entre au Sénat. Il est président de la Commission des douanes et de la commission de l’Algérie.

Il est porté à la présidence du Sénat, un mois avant sa mort, le 17 mars 1893. Voici ce qu’il déclarait, le 27 février 1893, lors de sa prise de fonction. Un discours qui résonne comme un testament, et peut-être bien comme une provocation : «Celui qui recueille aujourd’hui ce noble et lourd héritage a pris aussi sa large part des mêlées brûlantes de la politique. Sa vie publique n’a été qu’un long combat. Vous ne l’avez cependant pas jugé incapable de ce rôle élevé d’arbitre qui semble peu fait pour lui».

Son nom reste attaché à plusieurs lois scolaires (il fut trois fois ministre de l’Instruction publique, dans les cabinets Waddington, Freycinet et Ferry, puisqu’il cumule, de 1883 à 1885, les fonctions de chef du gouvernement et de ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts). Les plus célèbres de ces lois portent sur l’accès des filles à l’enseignement secondaire d’Etat (21 décembre 1880), la gratuité de l’enseignement primaire (16 juin 1881 ; deux ans après les débuts des débats sur cette loi !), l’obligation scolaire (28 mars 1882 ; 26 mois après le dépôt du projet de loi) et la laïcité ou neutralité de l’enseignement (28 mars 1882).

Controversée, à droite comme à gauche (mais pour des raisons différentes), sa politique d’expansion coloniale pèsera aussi dans l’héritage Ferry. Une politique qu’il assume, au nom du rayonnement de la France, de sa puissance économique et du «devoir de civilisation» : «Rayonner sans agir, sans se mêler des affaires du monde, c’est abdiquer et, dans un temps plus court que nous ne pouvez le croire, c’est descendre du premier rang au troisième ou quatrième» (28 juillet 1885).

Enfin, et ce n’est pas les moindres des progrès et avancées promus par Jules Ferry – et dont la paternité est souvent méconnue – apparaissent les lois sur la liberté de la presse, notamment celle du 28 juillet 1881, et les libertés syndicales et de réunion (1884).

Cet homme d’Etat, aujourd’hui présenté comme le père de l’école de la République, fut un des hommes politiques les plus violemment contestés, haïs et caricaturés. Fernand Cattier y ajoute même, pour Ferry, le terme de «lapidé» : «Il a toujours vécu comme le soldat sur le champ de bataille».

PORTRAIT PHYSIQUE

(Maurice Reclus, 1947)

«Jules Ferry est un homme de haute stature ; sa taille dépassant d’une bonne tête la moyenne ; à la fois robuste et souple, solidement charpenté, cet intellectuel de carrure athlétique, de belle prestance, donne l’impression de force tranquille et sûre d’elle-même. La tête est puissante, le nez fort, la bouche grande ; les yeux sont noirs et brillants. Le visage au teint coloré, aux traits quelque peu heurtés, est expressif, énergique mais sans dureté, illuminé par un regard vif et pénétrant. De longs favoris noirs, taillés en éventail, les fameuses «côtelettes», achèvent de donner à sa physionomie un aspect caractéristique».