Vive l’Ecole de Jules Ferry !
Monsieur Jules Ferry restez bien où vous êtes… surtout ne revenez pas voir ce qui se passe ici en début du XXIème siècle…vous seriez amer, voire désespéré…
Les murs de notre école publique, si accueillante pour tous les enfants, ces murs se fissurent de toutes parts, au bord de l’effondrement… dans un climat social déréglé, brutal pour ceux qui dispensent ou reçoivent le Savoir.
De ces césures s’échappent des lamentations, des indignations, de lourdes insatisfactions… tant l’humiliation s’infiltre sur la surface de l’édifice républicain.
Pestant contre l’avalanche des suppressions de postes, les enseignants se mettent en grève laissant exploser leur colère : quoi, un poste sur deux est supprimé... un poste sur deux serait inutile ? en tout cas il sera démoli… Quel est alors l’avenir des petits français ? Oh ! Vous savez… aujourd’hui les espèces sonnantes et trébuchantes importent plus que l’investissement humain de demain.
Fi des élèves en détresse scolaire par exemple. Qu’ils sonnent à la porte des nombreux organismes à but lucratif qui « offrent » leurs services (dits à la personne) !! Les mômes des Z.E.P (Zones d’Education Prioritaires) aujourd’hui devenues (Zones En Péril) ne comptent pas… elles coûtent… alors les R.A.S.E.D… (Réseaux d’Aide et de Soutien aux Elèves en Difficultés) sont rasés gratis ! Ah ! Oui … ce mot sacré de gratuité lui surtout est bafoué, égratigné, piétiné… c’est horrible !
Tous les murs de la connaissance et de la culture subissent le même sort… le lycée, autre exemple, connaît une sublime innovation : les élèves de terminale scientifique n’ont nul besoin de connaître leur héritage historique ni leur patrimoine géographique…. Qu’ils s’imprègnent de la lettre de Guy Moquet et qu’ils connaissent leurs ancêtres les Gaulois, cela suffira… Au moment de la mondialisation qu’ils nomment au moins les cinq continents sera suffisant !
Pourquoi aller dans les musées, fréquenter les espaces culturels et artistiques ? Les jeunes doivent passer leur bac d’abord et les moins jeunes arpenter les allées des magasins le dimanche… et tous les autres, qu’ils aillent au diable !
Désolant… non cher Jules Ferry… Avec vous monsieur le Ministre de l’Instruction Civique et des Beaux-Arts de la IIIème république… nous sommes malheureux, nous crions au scandale, nous hurlons contre ce jeu de massacre …
En attaquant l’Ecole Publique et les Beaux-Arts c’est toute la société qu’on met à bas. Si Victor Hugo énonçait que « lorsqu’on ouvre une école on ferme une prison » allons-nous ouvrir encore plus de prisons si on ferme notre école ? C’est bien probable.
Pourtant Monsieur Le Ministre, les enseignants, aujourd’hui encore, comme vous les exhortiez à le faire, mettent leur « honneur » à faire pénétrer profondément dans les générations l’enseignement des bonnes règles et des bons sentiments, bien que certain pense que l’instituteur n’en soit pas apte… et que le prêtre est mieux placé pour cette dure entreprise… mais manque de chance, le curé se fait rare… et l’instit’ devenu professeur des écoles disparaîtra… pas par faute de vocation… mais par économie pour un état déficitaire
Monsieur Jules Ferry, vous avez eu raison, cent fois raison de vouloir une école obligatoire, gratuite et laïque. Nous défendrons de toutes nos forces cette magnifique institution républicaine.
Le « métier » d’écolier, d’élève, demande beaucoup d’application dans ce siècle où le virtuel règne en maître, où tout paraît facile et immédiat.
Vous n’avez « ni présumé des forces, ni du bon vouloir, ni de la compétence » des enseignants qui aujourd’hui encore et toujours accomplissent leurs tâches d’éducateur, leur « mission » avec « responsabilité » « dignité » « honneur » et intelligence. Ils doivent en début de XXIème siècle recevoir encore plus : estime, confiance, gratitude et considération qu’auparavant.
Sont-ce les manifestations, les pétitions de hauts universitaires, les protestations qui gagneront? Je le crois et il le faut. Nul ne peut abattre le Savoir et la Culture de notre pays par son dictat sans réfléchir aux conséquences fâcheuses de celui-ci.
Grandis par la connaissance, enrichis par la rencontre de l’art, épanouis par notre créativité… nous marchons… en avant, nous ne voulons pas marcher à reculons… encore moins avec des béquilles !
Vive l’Ecole de Jules Ferry !
Huss



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